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Ralentis...Respire!





Je suis comme ces enfants qui sautent pour attraper les bulles de savon. Lorsque j'étais petite, je rêvais de m'y accrocher et de m'envoler dans les airs avec elles. J'ai essayé tant de fois d'en attraper une en me disant qu'elle m'emmènerait plus haut. Et comme tous les enfants je n'y suis pas parvenue.

J'ai grandi, et je recherche toujours une bulle. En ce moment, elle contiendrait de l'oxygène. Je me mettrais dedans et mes poumons seraient libérés, enfin.

Au lieu de cela, ils se remplissent peu à peu. Au cabinet médical dans lequel j'ai dû subir un traitement pour mes poumons aujourd'hui, j'ai contemplé devant moi une peinture représentant une arborescence.



DES BRONCHES?

DES BRANCHES?



Je suis allergique au pollen de certains arbres. Cette arborescence devant mes yeux est un hasard. Ou pas.

Ma pensée aussi est arborescente. Je commence par une pensée, puis en vient une autre, qui découle de la première mais s'en écarte sensiblement. On part du bas et on s'élève, c'est le principe. Un tableau émerge peu à peu de ce travail mental. Je vous le montre.



C'est le printemps, et avec lui toute la vie qui croît à nouveau tout autour. C'est complètement enivrant comme sensation. Se perdre dans cette énergie si positive est si tentant.

Avec le soleil ravivé vous êtes sortis de vos intérieurs et je vous ai vus, plein d'entrain et pleins de projets, vous vous êtes montrés. Vous étiez dans l'air du temps et vous aviez l'air heureux.

J'ai fait comme vous. Je suis sortie, je suis allée de l'avant, vers la lumière. J'ai fait des projets. Quelque chose a dû aller de travers cependant car tout d'un coup mes poumons ont repoussé toute velléité de vous ressembler. Ils se sont enflammés, et m'ont enfermée.


Depuis ma cage, hors de l'air du temps, je ne peux pas être comme vous, et je cherche une bulle.





J'écoute. Une branche pousse.


"ÇA VA TROP VITE. RALENTIS, RESPIRE".


Ces mots viennent d'une chanson de Bigflo et Oli qui résonne dans ma maison pendant que, dehors, les bouleaux se reproduisent assidûment. Ces mots résonnent aussi dans ma tête par moments.

Mes poumons me mettraient-ils en garde? Tu étoufferas si tu sors près des bouleaux. Ralentis, respire. Rentre, respire.


Condamnée à vivre le printemps de dedans, sans air, j'ai le temps. Je ralentis. Je respire, du mieux que je peux.


J'observe. L'arborescence croît encore un peu.


Sur les réseaux sociaux, mes yeux effleurent une phrase:


" ECRIRE. NON PAS UNE LETTRE, NI MÊME UN JOURNAL INTIME. NON, SIMPLEMENT ÉCRIRE. COMME ON RESPIRE. POUR VIVRE."


Pierre Bottero a dit cela. Je médite. J'essaie. Mes ces mots, je les ai lus. Et c'est comme si j'avais engraissé mes pensées arborescentes.


Elles me livrent leurs premiers fruits:

Il y a une vie qui attend d'éclore depuis longtemps dans ce corps qui suffoque. Plus jeune, lorsque je rêvais de m'accrocher aux bulles, j'écrivais, aussi.

A quel moment ai-je cessé d'écrire en réalité? Lorsque...j'ai commencé à être allergique aux bouleaux. Ou alors l'inverse?

Pourquoi? Parce que j'avais trop de boulot. C'est écrit.

J'avais de l'air quand je sautais après les bulles, quand j'écrivais. Le temps d'avoir de l'air est passé. Pour respirer, Il faut le rendre présent.


Je sors de ma méditation ratée.


Une idée pousse encore dans ma tête: il y aurait donc quelque chose d'autre à cultiver à l'intérieur de moi?


Ça a fait son chemin. Tiens voilà une branche, encore.


Si la nature croît à nouveau au printemps, ma nature doit faire de même. Une partie de moi veut juste pouvoir éclore comme le reste. Pour vivre, je dois respirer, pour vivre je dois écrire.


C'est la même chose.


Ralentis, respire, ralentis, écris.


C'est le printemps, la bonne saison pour créer. Je recherche une bulle à laquelle m'accrocher pour aller plus haut, respirer. Je ne l'ai jamais attrapée étant petite. J'ai grandi. Alors c'est moi qui vais créer ma bulle, plutôt que d'attendre qu'elle se présente à moi. Je vais souffler et je m'accrocherai à la bulle que j'aurai créée. Dans cette bulle, j'écrirai. Ça me fera vivre, ça me fera respirer.


Et le boulot? Il attendra que je redescende de ma bulle.


Il ne suffit pas d'avoir l'air de prendre le temps, il faut prendre le temps d'avoir de l'air...



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