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Le printemps n'est jamais perdu



Voilà quelques mois que je n'ai plus partagé mes réflexions sur ce blog. Il faut dire que j'ai goûté à quelques jours sucrés, puis acides-amers ces derniers temps. Ceci a passablement freiné mon entrain à écrire. Il fallait d'abord réfléchir, trouver le chemin, faire une synthèse, trouver un sens.


Il est des choses qui se produisent dans la vie qui sont tout bonnement indicibles, et qu'il faut peut-être laisser silencieuses. Avant des les apprivoiser doucement, à l'aide de paroles feutrées, dans l'intimité d'une conversation en face à face avec qui sait les entendre.


Qu'est-ce que ces moments acides-amers nous apprennent? Le chaos n'est jamais loin. D'un instant à l'autre, la vie peut basculer et nous nous trouvons si petits. D'un instant à l'autre aussi, la vie peut basculer et nous nous trouvons si forts. Y a-t-il une réelle différence entre les moments sucrés, pleins de joie, et les moments acides-amers, pleins de souffrance? Le yogi répond qu'il n'y en a pas, en réalité. Le seul écart, c'est notre attachement aux moments joyeux, et notre volonté de détruire les autres moments. La psychologie positive atteint les coeurs exactement avec cette idée, et beaucoup s'y adonnent: à la recherche du sucre perdu. Jusqu'à écoeurement. Aussi joli qu'inefficace. On s'en sort affamé de bonheur.


Ne positivons pas donc. Laissons le chaos venir. Et même la peur du chaos. Complètement. Pouvons-nous être complètement apeurés, comme nous sommes capables d'être complètement heureux et comblés? Quand on y est, comment en sortir?


Ce qui nous permettra de quitter cet état acide-amer n'est pas de rechercher l'opposé positif, mais de s'en détacher. On peut être complètement apeuré, ressentir toutes les sensations désagréables que cela produit en nous jusqu'à la nausée, et être totalement lucide sur ce qui nous arrive, libre à l'intérieur. Eprouver comment nous nous battons, physiquement et mentalement, comment nous résistons à ce chaos dont nous ne voulons pas. Quel spectacle! N'en ratons rien.

La culpabilité, la honte, la colère, nous traversent de la même façon que la peur. S'en libérer ne passe définitivement pas par la suppression de ces sentiments. En effet, ne plus se sentir coupable, honteux ou en colère, n'ont pas de pendant positif, et s'accrocher à la joie comme à une falaise dont on dégringole ne fait que retarder la chute. Et déçoit.


Résilience


Bien qu'ayant une vie corporelle, les sentiments sont des pensées, auxquelles nous pouvons choisir de nous attacher ou pas. C'est en cessant de s'identifier à ces sentiments qui nous traversent, à ces pensées et croyances que nous avons sur qui nous sommes, et sur ce qui fait notre bonheur, que nous trouvons la liberté. Nous avons tous quelque chose qui nous déplaît à accepter pour nous-mêmes, à intégrer dans le tableau de notre vie. Et alors le tableau s'agrandit. Le gros panneau sombre au premier plan devient un petit point noir au milieu de la toile, et c'est pareil avec le grand soleil. Liberté. On respire, on trouve de l'espace.


Et quel espace! Le printemps n'est jamais perdu à l'intérieur. Il n'est pas besoin de le chercher, il suffit de le laisser venir. Prendre le temps de s'asseoir et rester tranquille, regarder l'orage passer, voir revenir le soleil, puis le voir disparaître à nouveau et ainsi de suite. Notre ego ne gagne jamais, on arrive jamais à rester en été, et heureusement l'hiver ne dure jamais éternellement non plus.



Trouvez le moyen de vous détacher de vos pensées, vos croyances, vos sentiments. Le mien est ma pratique du yoga, jour après jour.

Il y a un espace où vous êtes libres, c'est votre essence. La seule quête qui en vaut la peine est de trouver le moyen de vous y rendre le plus souvent possible. Et si vous croyez avoir perdu le printemps, asseyez-vous tranquillement, attendez. Il n'est jamais perdu, il arrive. l'été le suit de près, et ensuite...

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